Vues depuis les rives du lac, le Semnoz et la Tournette se ressemblent : deux sommets boisés puis rocheux, dominant Annecy de part et d’autre. Sur le terrain, ce sont deux montagnes d’une nature complètement différente, l’une accessible à presque tout le monde, l’autre réservée à des randonneurs préparés. Les confondre est l’erreur la plus fréquente — et parfois la plus dangereuse.
Le Semnoz, une montagne apprivoisée
Le Semnoz culmine au Crêt de l’Aiguille, à 1 699 mètres d’altitude, point culminant du massif des Bauges côté Annecy. Sa particularité tient à la route des Crêtes, qui grimpe depuis Annecy-le-Vieux jusqu’à proximité immédiate du sommet : il est donc possible de rejoindre en voiture un point situé à quelques minutes à pied seulement du panorama, sans quasiment marcher.
Pour qui préfère la marche, plusieurs sentiers balisés permettent de monter depuis la ville ou depuis des points intermédiaires de la route, avec un dénivelé qui varie selon le point de départ choisi, de quelques centaines de mètres à un peu plus de 1 000 mètres pour une ascension complète depuis Annecy. Le terrain reste globalement facile, sur chemin forestier puis alpage, sans passage technique ni exposition particulière. C’est une montagne ouverte l’essentiel de l’année, hormis les périodes de neige tardive au printemps qui peuvent rendre les derniers mètres glissants.
Le sommet offre l’un des panoramas les plus complets sur le lac, la chaîne des Aravis et, par temps clair, le massif du Mont-Blanc. C’est précisément cette accessibilité qui en fait, l’été, l’un des sommets les plus fréquentés du bassin annécien, avec un parking qui sature rapidement les jours de beau temps.
La Tournette, une autre affaire
La Tournette culmine à 2 351 mètres, ce qui en fait le point le plus haut du massif des Bornes surplombant directement le lac. Rien à voir, ici, avec une route d’accès : l’ascension se fait entièrement à pied, généralement depuis le col de la Forclaz ou depuis les hameaux au-dessus de Montmin, avec un dénivelé positif qui dépasse le plus souvent 1 300 à 1 400 mètres selon l’itinéraire retenu.
Le sentier passe par le refuge de l’Aiguille, point de repère et halte possible avant les derniers mètres, les plus délicats : la partie sommitale comporte des passages rocheux équipés de chaînes et de mains courantes, dans un terrain exposé où une chute ne pardonne pas. Ce n’est pas une randonnée d’initiation, mais une course de montagne à part entière, qui demande un bon pied montagnard, l’absence de vertige et une météo stable.
Le dénivelé important, la longueur de la course — comptez de sept à neuf heures aller-retour pour un randonneur entraîné — et l’exposition des derniers mètres imposent de partir tôt, de surveiller l’évolution du ciel toute la journée, et de savoir renoncer si l’orage menace ou si le groupe est trop lent pour redescendre avant la tombée de la nuit.
Le Semnoz, porte d’entrée du massif des Bauges
Le Semnoz constitue l’extrémité nord du Parc naturel régional du Massif des Bauges, créé en 1995 pour préserver ce massif calcaire qui s’étend jusqu’en Savoie. Cette appartenance explique la richesse du couvert forestier et des alpages traversés en montant depuis Annecy, ainsi que la présence régulière de troupeaux en estive durant l’été, dont le passage peut ponctuellement partager les sentiers avec les randonneurs.
La Tournette, à l’inverse, appartient au massif des Bornes, plus escarpé et moins étendu que celui des Bauges, ce qui explique en partie pourquoi son ascension concentre davantage de dénivelé sur une distance plus courte, et donc une pente moyenne nettement plus soutenue que celle des sentiers du Semnoz.
Deux fenêtres de praticabilité différentes
Le Semnoz, grâce à sa route, reste accessible une bonne partie de l’année dès que la chaussée est dégagée, généralement du printemps à l’automne, et devient un site de sports d’hiver de proximité lorsque la neige s’installe. La Tournette, elle, ne se prête à une ascension raisonnable qu’entre juin et septembre environ, une fois les névés des derniers passages fondus ou suffisamment regarnis pour être franchis sans matériel spécifique. Avant ou après cette fenêtre, la présence de neige sur les passages rocheux équipés change complètement la nature de la course et la réserve à des randonneurs disposant de matériel et d’expérience hivernale.
Ce qu’il faut vérifier avant de partir
- La météo du jour et l’évolution prévue en fin d’après-midi, moment où les orages de montagne se forment le plus souvent en été.
- L’état du sentier et des passages équipés, en particulier en début et en fin de saison pour la Tournette.
- Le créneau horaire de départ, pour redescendre avant la baisse de luminosité, en particulier sur les itinéraires longs.
- La condition physique du groupe le plus lent, qui détermine le rythme réel de la sortie.
Le choix entre les deux sommets dépend surtout de ce que l’on cherche : le Semnoz convient à une sortie familiale ou à une première approche de la montagne au-dessus du lac, quand la Tournette s’adresse à des randonneurs déjà expérimentés, capables de gérer l’exposition et de juger seuls s’il faut poursuivre ou faire demi-tour. Rien n’empêche de graduer la découverte en commençant par le Semnoz avant d’envisager, une autre saison, une tentative de la Tournette encadrée par des randonneurs plus aguerris.
Renoncer n’est jamais un échec : un sommet ne disparaît pas, une chute sur un passage rocheux exposé peut avoir des conséquences irréversibles. Les prévisions détaillées par massif sont consultables sur meteofrance.com, à vérifier la veille et le matin même avant de s’engager, en particulier pour la Tournette. Pour d’autres itinéraires du bassin annécien adaptés à différents niveaux, notre rubrique Montagne & Plein air propose un panorama plus large des massifs environnants.



